Susan Kare

Susan Kare est une graphiste américaine née en 1954 basée à San Francisco, diplomée d'un doctorat en art de l'université de New York. Elle est connue pour avoir créé les premières polices d'Apple ainsi que les premières icônes de Macintosh et de Windows 3.0, dans les années 80, alors en 2D. Elle travaille en collaboration avec Heidi Nilsen qui est responsable des relations client.

Elle est principalement employée par de grandes compagnies, pour lesquelles elle crée des logos, une identité visuelle, en se basant sur un nombre minimal de pixels, et la recherche d'un langage simple, clair et précis qui permet un design efficace et mémorable de l'entreprise, soit une efficacité au fondement d'une bonne publicité, comme l'explique Steve Silberman dans le livre Susan Kare Icons : « Elle a commencé à dessiner des flèches, des pinceaux et des pointeurs dans un cahier car l’application qui lui aurait permis de dessiner des icônes n’avait pas encore été codée ». Elle a « donné à Mac OS un lexique visuel universellement intuitif et attrayant (...) Son but a été de dessiner des icônes figurant des signes instantanément compréhensibles ». Propos que soutient le musée d'art moderne de New York : "The pictogram icons were designed to be an instinctive language that could be understood and loved by users in many different countries."

On compte parmi ses créations les polices Chicago, Monaco, Geneva, New York, San Francisco, Toronto, Cairo ou encore Venice. On le voit, nombre de ses créations se rapportent à une certaine géographie. Elle est aussi la créatrice du graphisme du solitaire de Microsoft, et du Dogcow, mascotte d'Apple extraite de la police Cairo. Elle a également participé à l'illustration de livres, créé des émoticons, et imprime certains de ses travaux en éditions limitées, numérotées et signées disponibles sur www.kareprints.com.

Ses dessins originaux sur papier grillagé et millimétré, où chaque carré représente un pixel, ont été présentés au musée d'art moderne de New York en 2015 dans le cadre de l'exposition This is for Everyone: Design Experiments For The Common Good. Le musée la qualifie alors de "pionnière et iconographe numérique influente ". Des produits dérivés tels que des portefeuilles, des cartes de voeux des magnets ou des marque-pages ont été créés à cette occasion, ainsi qu'un catalogue d'exposition de 160 pages ( qu'il est encore possibe de se procurer sur son site internet, signé par l'artiste, pour 44 dollars ). Il retrace l'évolution de son travail, de son travail manuel à son travail numérique, de la 2D à la 3D.

Elle travaille aujourd'hui sur Photoshop et Illustrator ( comme elle le déclare au magazine Life Hacker ), ainsi qu'à la tablette graphique, ou directement à l'écran à l'aide de sa souris. Elle continue de travailler manuellement également, sur des carnets Maido. Sa routine de travail, notamment dans son bureau coloré de San Francisco, commence par une to- do-list imprimé en police 18 Garamond, imprimée toutes les semaines ; elle travaille dans le calme ou avec un très léger fond sonore ( la radio fait très bien l'affaire, mais parfois, Orange is the New Black aussi ). Elle trouve son inspiration dans la vie quotidienne, les jouets, les stickers sur les téléphones mais aussi dans le travail de designers tels que Charles Earnes, Milton Glaser, Paul Rand, Chip Kidd ou le mexicain Federico Jordan.

Lorsqu'on lui demande si les règles du design d'icônes a changé avec le temps, elle répond : "I believe that good icons should function somewhat like traffic signs—simple symbols with few extraneous details, which makes them more universal. Certainly the software tools have improved over the years, and often designers have increased resolution to work with, but I think the goal of developing images that are meaningful and memorable remains the same." Soit " Je crois que les bonnes icônes devraient fonctionner comme des signes de signalisation, soit de simples symboles avec quelques détails, ce qui les rend plus universels. Certains outils ont évolué avec le temps, et souveny les designers travaillent sur une plus grande résolution, mais je pense que la création d'images porteuses de sens et mémorables reste le but à atteindre." Aux premières heures de l'informatique généralisé, le travail de Susan Kare a permis une interface simple et à figure humaine, voire peut-être pourrait-on dire amicale, qui a rassuré les utilisateurs. Il s'agit d'une véritable recherche de vulgarisation pour faire de l'ordinateur l'outil dont on ne peut plus, aujourd'hui, se séparer.

Mais il s'agit également d'un nouveau langage qui a vu le jour, au-delà des impacts des entreprises telles qu'Apple : un langage entièrement visuel et universel, une (littéral) langue des signes, qui puisse être compris dans le monde entier, comme un esperanto digital. Il s'agit d'une révolution de la langue et de l'affranchissement de ses frontières, des frontières géographiques, dont les ordiateurs, et particulièrement internet ont été les acteurs fondamentaux

Le pictogramme, objet de travail de Susan Kare, une graphiste donc, a également passionné des artistes cotemporains.

Parmi eux, l'artiste chinois contemporain Xu Bing a ainsi travaillé sur le signe ( cf The character of characters ) et l'emoticon, et a écrit un livre uniquement en pictogrammes, intitulé Une histoire sans mots ( dont voici le début ).

Ce champ de travail laisse à se demander si dans une société d'images telle que la notre, ces dernières pourraient complètement remplacer les signes écrits, ou tout du moins la relayer plus efficacement dans la traduction d'informations, mais aussi de nos émotions et sentiments (voyons l'usage que nous faisons des smileys), sous un plan universel.