Roman Cieslewicz

Graphiste de naissance polonaise, Roman Cieslewicz travailla pendant plus de trente ans sur des affiches, comme directeur artistique (notamment pour Elle) et dans l’édition en réalisant des couvertures de livres dans sa patrie d’origine et en France, où il émigra en 1963 pour "pour voir comment [ses] affiches résisteraient à la lumière des néons en Occident ».

Roman Cieslewicz définit ainsi son travail : « J'essaie de poursuivre mon travail en croyant aux principes de Bosch, Cappiello, Marcel Duchamp, Rodtchenko et d'autres, à savoir qu'une image qui ne choque pas ne vaut rien ». Ainsi il puise son inspiration dans l’art classique tout comme dans le surréalisme, le pop art ou le constructivisme.

Au-delà de courants artistiques, ce sont également les images emblématiques de son époque qui habitent sa production, où icônes médiatiques côtoient oeuvres d’arts classiques. Pour Cieslewicz, une bonne affiche c’est « Une image, un mot. Et le mouvement régulier de ping-pong entre les deux. L’idée est contenue dans l’image et c’est le rapport texte-image qui en fait sa force ». Via, principalement, le collage et le montage photographique, il assemble avec minutie pour créer des association donnant à réfléchir, pour dénoncer, confronter.

« Je n’aime pas les «images-images» et suis invariablement attiré par les icônes de la rue et de l’actualité, les faits divers, la gravure du XIXᵉ siècle, bavarde et anecdotique, les affiches déchirées, par exemple. La guerre donnait de manière permanente une excellente leçon pour la vision et, quelles que soient les tendances graphiques, la gravité des situations donnait lieu à un nombre invraisemblable d’affiches. »

Nous pouvons aisément relever des éléments et des pistes de recherche récurrents dans sa production. En premier lieu, le cercle qui l’obsède depuis l’enfance et reviendra comme un fil rouge tout au long de sa carrière. Dans les années 60 et 70, Cieslewicz travaille la symétrie verticale (qui sera notre axe d’étude) tandis que la fin des années 70 et les années 80 le voient se concentrer sur la structuration spatiale de l’affiche et sur la typographie.
En dépit des évolutions technologiques (notamment l’apparition des ordinateurs dans la sphère des graphistes), il privilégie toujours le geste mécanique et préfère travailler à la main, il commente à ce sujet « je ne vois pas l’utilité des ordinateurs pour mon travail personnel. Je préfère le Polaroid parce qu’il est franc, éphémère, instantané et qu’il renvoie à une vérité nue, nettoyée de tout superflu. »

« Sur ordinateur, on peut tout imaginer, tout mettre en image. L’image ainsi n’aura jamais la perfection de celle qui est due aux gestes de la main […], le futur des nouvelles images, leur épanouissement est lié pour moi aux accidents que la main provoquera. »

Cette affiche réalisée pour le théâtre Alpha à Paris joue à nouveau de la symétrie verticale pour donner son sens à la composition : le corps de la femme écartelé, scindé en deux, n’est pas sans rappeler le A du théâtre éponyme tout en donnant une grande sensualité, évoquant également la lettre X. Le corps n’est plus que suggéré mais rend l’affiche autrement plus efficace: l’image n’existe plus en tant que telle mais se mue en objet graphique, en élément de composition géométrique ou encore en lettre.

Nous ne saurions parler du travail de Cieslewicz sans évoquer la série de cyclopes et particulièrement sa Mona Lisa : la dame est malmenée par les ciseaux de l’artiste pour la transformer en un hybride à la limite de l’humain. Nous pouvons identifier un oeil, une bouche qui évoque plutôt un nombril et un menton transformé en pubis. Malgré l’épuration opérée, nous reconnaissons aisément la Joconde, si profondément ancrée dans l’imaginaire collectif que sa version tronquée reste porteuse de sens. Là se trouve le génie de Cieslewicz qui sait faire appel aux archétypes visuels de notre société pour faire émerger de nouvelle formes, minimalistes et partielles mais toujours évocatrices pour l’oeil du public.

Ici, l’axe de symétrie verticale partage l’affiche en deux, montrant deux super-héros inspirés du pop art et de la culture comics courant côte à côte. Seule l’inscription sur leur poitrine permet de différencier les USA du bloc soviétique, mis en scène non pas s’affrontant mais lancés dans une course effrénée (référence à la conquête spatiale) où il est difficile de les départager étant donné qu’ils sont en tout point identiques.

Sources:
https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/c7p9M9R/rL98b94
http://indexgrafik.fr/roman-cieslewicz/
http://www.poster.com.pl/cieslewicz.htm
http://www.ina.fr/video/I08057986/