Joseph Müller-Brockmann

« En une fraction de seconde, l’affiche doit agir sur la pensée des passants, les contraignant à recevoir le message, à se laisser fasciner avant que la raison n’intervienne et ne réagisse. Somme toute une agression discrète, mais soigneusement préparée. »

Brockmann commence sa carrière comme apprenti chez un designer et consultant en publicité. En 1934, il ouvre son atelier de design graphique et d’illustration à Zurich en free-lance. Celui qui va être considéré comme le père du style suisse ou style international, en est encore à réaliser des images à l’eau de rose comme celle faite pour la ville de Rapperswil, et à utiliser beaucoup l’illustration dans les images de théâtre par exemple. Cette représentation très premier degré va brusquement changée.

Brockmann commence à rationaliser et à réfléchir ses images, il commence à installer son fer à gauche c'est-à-dire qu’il va aligner ton texte à gauche, sens de lecture traditionnel dans la culture occidentale, cela dégage des espaces, une respiration dans la page. Il ménage des espaces de calme qui aident à la compréhension.
A partir de 1950, il conçoit ses premières affiches pour la Tonhalle de Zurich. Cette collaboration qui dure 25 ans, lui permis de développer une œuvre à travers la création d’une centaine d’affiche de concert.
Peut-on donner par l’image un sentiment sonore ? Peut-on parler de la variation musicale dans une affiche ? Voila des questions auxquelles Müller-Brockmann a répondu durant cette période.

Zurich Tonhalle. Musica viva. Concert poster, 1957.

Zurich Tonhalle. Musica viva. Concert poster, 1957.

Brockmann voyait la musique comme un art abstrait. Il a commencé à développer une approche constructiviste du graphisme pour traduire cette musicalité dans le design. Brockmann est influencé par le constructivisme, De Stijl, le suprématisme, le Bauhaus, également par le travail du photographe Moholy-Nagy et par le manifeste « Die neue Typographie » de Jan Tschichold. Ce manifeste moderniste proclame la suprématie des polices de caractères en bâtons.

Son travail évoluera jusqu’à la fin de la vie, il réalisera même des affiches où il n’utilise que l’essentiel dénué de toutes formes superflues. L’essentiel étant la typographie, créant ainsi ses images les plus radicales. Preuve que en ne gardant plus que la typographie, et composer une image juste avec cette outil, le message se comprend très bien.

Zurich Tonhalle. Musica viva. Concert poster, 1957.

Zurich Tonhalle. Musica viva. Concert poster, 1960.

Brockmann explique très efficacement son style : « Dans mes créations d’affiches, de publicités, de brochures et d’expositions, la subjectivité est supprimée au profit d’une grille géométrique qui détermine l’arrangement des mots et des images. La grille est un système d’organisation qui rend le message plus facile à lire, cela vous permet d’obtenir un résultat efficace à un coût minimum. Avec une organisation arbitraire, le problème est résolu plus facilement, plus vite et mieux. Cela permet également une uniformité qui va au-delà des frontières nationales. L’information présentée le plus objectivement possible est communiquée sans superlatifs, sans subjectivité émotionnelle. »