LE CASINO

Au casino , grâce aux manoeuvres de mon père, nous nous perdîmes vite. Je me retrouvais au bar, avec Elsa et une de ses relations, un Sud-Américain à demi ivre. Je passai près d'une heure agréable avec lui mais Elsa s'ennuyait. Elle me demanda brusquement où était mon père, comme si je pouvais en savoir quelque chose, et s'éloigna. Le Sud-Américain en parut un instant attristé mais un nouveau whisky le relança. Je ne pensais à rien, j'étais en pleine euphorie, ayant participé par politesse à ses libations. Les choses devinrent encore plus drôles quand il voulut danser. Nous riions tellement que, quand Elsa me frappa sur l'épaule et que je vis son air de Cassandre, je fus sur le point de l'envoyer au diable.
"Je ne le trouve pas", dit-elle.
Elle avait un visage consterné; la poudre en était partie, la laissant tout éclairée, ses traits étaient tirés. Elle était pitoyable. Je me sentis soudain très en colère contre mon père. Il était d'une impolitesse inconcevable.
"Ah! Je sais où ils sont, dis-je en souriant comme s'il s'agissait d'une chose très naturelle et à laquelle elle eût pu penser sans inquiétude. Je reviens. "
Il me fallut un moment pour les retrouver dans le parc. Ils y étaient. Je vis leur profils très proches et très graves, étrangement beaux sous le réverbère. Ils se regardaient, ils devaient parler à voix basse, je voyais leurs lèvres bouger.