FRANKENSTEIN, Mary Shelley

Récit de Robert Walton
Récit de Victor Frankenstein


"Un être d'apparence humaine mais de stature gigantesque,
était assis dans le traîneau et guidait l'attelage."


"Je montai sur le pont aux premières lueurs de l'aube et trouvai tous les marins affairés d'un même côté du navire conversant apparemment avec quelqu'un se trouvant à l'extérieur. Un traineau semblable à celui que nous avions aperçu plus tôt avait dérivé vers nous pendant la nuit sur un grand bloc de glace. Seul un chien avait survécu ; mais dans le véhicule se tenait un être humain, que l'équipage s'efforçait de convaincre de monter à bord. Il ne donnait pas l'impression, comme l'autre voyageur que nous avions vu, d'être un habitant sauvage de quelque île inconnue ; c'était un Européen. Le maître d'équipage lui dit au moment où j'apparus sur le pont : "Voici notre capitaine, il ne permettra jamais que vous périssiez en mer."





"[Victor Frankenstein] pressa faiblement ma main et ses yeux se fermèrent à jamais."

"Je pénétrai dans la cabine où reposait la dépouille de mon infortuné et admirable ami. Penchée sur elle, se trouvait une silhouette que nuls mots ne sauraient décrire [...] Jamais je n'ai contemplé vision aussi horrible que ce visage hideux, répugnant et détestable. [La créature me dit :] Ne craignez pas que je devienne l'instrument de nouveaux crimes. Mon oeuvre est presque accomplie. Votre mort ni celle d'aucun homme ne marquera le point d'orgue de mon existence, mais bien la mienne. Ne croyez pas que je tarderai à pratiquer ce sacrifice."




"En voguant sur une mer calme, nous serons peut être poussés vers une terre surpassant en merveilles et en beauté toutes les régions connues de notre globe [...] Que ne peut-on espérer du pays de la lumière éternelle ? Peut-être y découvrirai-je la force merveilleuse qui attire l'aiguille de la boussole ; peut-être y réaliserai-je un millier d'observations célestes et ce voyage permettra-t-il alors de dissiper à jamais l'incohérence apparente de nos connaissances en la matière. J'assouvirai ma curiosité ardente au spectacle d'une région inconnue à ce jour et mes pieds fouleront sans doute un sol vierge de tout pas humain. Telles sont mes motivations, et elles suffisent à vaincre ma peur du danger ou de la mort, et à m'inciter à entrependre ce périple laborieux avec la joie d'un enfant qui s'embarque sur un esquif en compagnie de ses camarades de vacances pour explorer le cours d'eau auprès duquel il a vu le jour."

Une apparition, un sauvetage, un décès, une rencontre.
Départ d'une expédition pour le Grand Nord.
"Je le regardais et ses traits exprimaient une malice et une fourberie extrêmes. Je me sentis saisi d'une rage démente en songeant
à ma promesse de créer un second être tel
que lui. Tremblant de fureur, je réduisis en lambeaux l'oeuvre qui m'occupait.
Le misérable me voyant détruire la créature dont dépendait son bonheur disparut en poussant un hurlement de désespoir et de vengeance."
Victor est accusé à tort de la mort de son
ami Henri Clerval tué par la créature et retrouvé noyé. Il passe trois mois en prison avant d'être acquitté.

"J'avais oublié les circonstances auxquelles
je devais ma présence en ces murs [...] Mais quand je vis les barreaux des fenêtres, et l'aspect sordide de ma cellule, tout me
revint brusquement en mémoire et je gémis amérement."
"Le monde était à mes yeux un mystère que je souhaitais percer. La curiosité, un désir pressant de découvrir les lois occultes de la nature, une joie proche de l'extase au fur et à mesure que celles-ci se dévoilaient à moi, sont au nombres des premières sensations qui s'imprimèrent
dans ma mémoire."
"Ce fut par une nuit lugubre de novembre que je contemplai l'accomplissement de mon oeuvre. Je rassemblai autour de moi, avec une anxiété proche de l'agonie, les instruments de vie afin d'en infuser une étincelle à la chose inerte [...] je vis s'ouvrir l'oeil jaune et terne de la créature : elle respirait avec peine et un mouvement convulsif agitait son corps."
Lettre d'Alphonse Frankenstein à son fils Victor :

"Il était près de cinq heures lorsque je découvris mon tendre enfant, que le soir précédent j'avais encore vu débordant de vie et de santé. Il était étendu sur l'herbe, livide et inerte ; autour de son cou, la trace des
doigts du meurtrier."
Justine, la servante de la famille Frankenstein est accusée à tort et condamnée à mort pour le meurtre du petit William commis par la créature conçue par Victor.

" Je regardais les êtres que j'aimais, répandre de vaines larmes sur les tombes de William et de Justine, les premières victimes de mes oeuvres sacrilèges."
Victor rencontre sa créature qui lui raconte comment elle a vécue depuis sa création et l'abandon de son maître. Elle demande à ce dernier une faveur que Victor accepte non sans hésitations.

la créature :
"Il dépendra de vous que je quitte à jamais le voisinage de l'homme pour mener une vie inoffensive ou que je devienne le fléau de vos semblables et l'auteur de votre ruine [...]"
"Vous ne repartirez qu'après m'avoir promis d'accéder à ma requête. Je suis misérable ; les hommes refusent ma compagnie. Cependant
un être aussi difforme et laid que moi ne
pourrait me repousser.
Ma compagne doit être de la même espèce que moi et présenter les mêmes défauts que moi. A vous de la créer!"
"Elle me laissa seul, et je continuai à arpenter les couloirs de la maison, inspectant chaque recoin susceptible d'offrir une retraite à mon adversaire. Je ne trouvai pas trace de lui et j'en arrivais à croire que quelque heureux hasard l'avait empêché de mettre ses menaces à exécution, quand soudain me parvint un cri strident et terrible. Il provenait de la chambre d'Elizabeth. En l'entendant, je compris soudain toute la vérité ; mes bras se figèrent à mes côtés et chacun de mes muscles, chacunes de mes fibres furent paralysés [...]

Elle reposait là, sans vie, en travers du lit, la tête pendante,
les traits pâles et défaits, à
moitié dissimulés par ses cheveux."
Un interêt pour les sciences, une création, un assassinat, une accusation, au Montanvert, une nuit de noces.
Récit de la créature

Après avoir été abandonné par Victor juste après sa naissance, la créature trouve refuge dans la fôret d'Ingolstadt :

"J'avais froid et la solitude éveillait en moi une peur presque instinctive [...] Je sentais la lumière, la faim, la soif et l'obscurité ; des sons innombrables résonnaient à mes oreilles, et de tous côtés me parvenaient des odeurs diverses."

La créature se réfugie dans une petite hutte tout près d'un chalet habité par une famille française très pauvre. En les observant elle apprend beaucoup de choses sur l'homme en général (manière de vivre, langage...). Elle prend aussi connaissance de leur histoire personnelle :

Agathe et Felix vivent avec leur vieux père. Le père de la fiancée de Felix est la cause de la ruine de la famille. C'était un marchand de Constantinople injustement condamné à mort. Felix élabore un plan pour le faire s'échapper de prison en échange de la main de sa fille, Safie. Malheureusement, le complot du jeune homme est découvert et par sa faute, son vieux père et sa soeur sont emprisonnés pendant cinq mois puis privés de leur fortune et condamnés à l'exil. Le père de Safie, découvrant que le futur époux de sa fille est réduit à la pauvreté ne tient pas sa parole et rentre avec sa fille dans son pays.

La créature nourrit l'espoir de tisser des liens d'amitié avec la famille du chalet. Elle décide de se présenter d'abord au vieil homme qui est aveugle et qui ne pourra donc pas la juger selon ses apparences. La rencontre est loin d'être à la hauteur de ses espérances :

"A cet instant, la porte du
chalet s'ouvrit et Félix, Safie et Agathe entrèrent. Qui saurait décrire leur horreur et leur consternation en m'apercevant : Agathe défaillit ; Safie, incapable de venir en aide à son amie, s'enfuit du chalet. Félix se précipita sur moi et m'arracha aux pieds de son père avec une force surnaturelle. Dans un transport de fureur, il me jeta au sol et me frappa violemment de son bâton."

Mort du jeune William racontée par la créature.

La créature ne voulait pas faire de mal à l'enfant mais celui-ci prit peur en le traitant de monstre. Déçu de la réaction du garçon et apprenant que c'est un "Frankenstein" il décide de le tuer pour se venger de son maître qui l'a abandonné.

"L'enfant se débattait toujours et déversait sur moi un chapelet d'injures qui me plongeaient dans un désespoir profond. Je serrai sa gorge pour lui imposer silence, et bientôt il se retrouva gisant, mort, à mes pieds. Je contemplai ma victime, et mon coeur se gonfla de joie, tandis que je savourais un triomphe infernal [...] Moi aussi je puis semer la désolation ; mon ennemi n'est pas invulnérable. Cette mort lui fera connaître l'amertume du désespoir et mille autres malheurs le tourmenteront et le détruiront."